Le gouvernement français et les syndicats abordent le sommet social de mercredi avec des priorités diamétralement opposées, même si Nicolas Sarkozy s'est montré disposé à poser quelques gestes d'apaisement
Le Premier ministre François Fillon, la ministre de l'Economie Christine Lagarde, le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez et le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault, lors d'une réunion à Matignon. Le gouvernement français et les syndicats abordent le sommet social de mercredi avec des priorités diamétralement opposées, même si Nicolas Sarkozy s'est montré disposé à poser quelques gestes d'apaisement.
Cette réunion intervient au moment où la France s'enfonce dans la pire récession qu'elle ait connue depuis 34 ans, avec son cortège de chômeurs et une grogne sociale aggravée par les protestations dans les universités et la paralysie des Antilles.
Des discussions intensives se sont déroulées ces derniers jours entre les syndicats et les ministres directement concernés pour préparer ce rendez-vous crucial pour un président confronté à une impopularité grandissante, puisqu'il ne convainc plus qu'un gros tiers des Français selon plusieurs sondages .
Mais le gouvernement, qui est sous la menace d'une nouvelle journée de mobilisation le 19 mars, après celle qui a rassemblé entre un et 2,5 millions de personnes dans les rues de France le 29 janvier dernier, n'entend pas transiger sur l'essentiel.
Pour les syndicats, c'est le pouvoir d'achat qui prime.
"Nous disons : 'salaires'", a insisté mercredi dernier le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui s'est déclaré "peu optimiste" sur les résultats du sommet.
Mais le conseiller de Nicolas Sarkozy chargé des questions sociales, Raymond Soubie, estime que le dossier relève de la négociation entre les partenaires sociaux, pas du gouvernement.
"La première réponse à la crise est une réponse économique", a-t-il dit lors de l'émission Dimanche Soir Politique sur France Inter et iTélé. "L'un des objectifs centraux de la réunion c'est de voir les mesures de justice qu'on peut prendre."
Le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez, a lui aussi souligné dimanche sur France 5 que l'augmentation des salaires n'était pas à l'ordre du jour.
"Ce n'est pas le pouvoir politique qui décrète de façon uniforme sur l'ensemble du territoire, quelle que soit l'entreprise où on est, quel que soit le département où on est, une augmentation de salaire", a-t-il dit. "Parce que ça, c'est de la vieille utopie et qui ne marche pas."
LA RIPOSTE SYNDICALE EST PRÊTE
Les confédérations syndicales préparent déjà la riposte en maintenant "plus que jamais" l'appel à une nouvelle journée de grèves et manifestations le 19 mars, comme s'ils avaient déjà passé le sommet social par pertes et profits.
Les fédérations de la Fonction publique, de l'Education et de cheminots, susceptibles de paralyser le pays, ont même déclenché les procédures préalables à la grève.
Plus de six Français sur dix pensent d'ailleurs qu'un mouvement du type de celui qui affecte la Guadeloupe depuis près d'un mois pourrait se développer en métropole.
Raymond Soubie ne craint pourtant pas la contagion.
"Il y a une inquiétude sur la crise, il n'y a pas aujourd'hui de conflit social généralisé en France, il y a des attentes, il y a des inquiétudes, il y a des angoisses, eh bien il faut y répondre. Comment? Par le dialogue", a-t-il estimé.
Mais si le président français a affiché sa volonté de relancer la croissance par les investissements grâce à un plan de 26 milliards d'euros jugé insuffisant par l'opposition et les syndicats, qui demandent de stimuler la consommation, il a évoqué le 5 février dernier la nécessité d'aller "plus loin".
Sans appuyer la demande d'un deuxième plan de relance axé sur la consommation, Nicolas Sarkozy s'est engagé à financer des mesures sociales par les intérêts récoltés sur les aides de l'Etat aux banques, soit 1,4 milliard d'euros en 2009.
Il s'est par exemple prononcé en faveur d'une amélioration de l'indemnisation du chômage partiel et a jugé nécessaire de trouver une solution pour les salariés en fin de contrat de travail à durée déterminée ou pour les jeunes chômeurs.
INTÉRÊT MODÉRÉ POUR LES PISTES DE SARKOZY
Il s'est également dit favorable à un rééquilibrage de la distribution des profits des entreprises en faveur des salariés - un tiers pour ces derniers, un tiers pour les actionnaires et un tiers pour l'investissement - quitte à légiférer.
La suppression éventuelle de la première tranche de l'impôt sur le revenu à 5%, qui concerne environ deux millions de contribuables, ou du deuxième tiers de l'impôt sur le revenu en 2009 pour cette catégorie sociale, ainsi que l'augmentation des allocations familiales font également partie de ces "pistes".
Certaines confédérations syndicales ont fait part de leur intérêt pour certaines de ces propositions.
Ainsi, Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC, qui représente les cadres, a salué l'idée de partager les profits.
"Ça me semble être un juste équilibre", a-t-il dit dimanche sur France Info, soutenant également la suppression de la première tranche de l'impôt sur les revenus.
Contrairement à Bernard Thibault, il refuse le pessimisme.
"Je crois qu'il faut toujours être optimiste, nous y allons pour obtenir des résultats concrets", a-t-il ajouté.
Mais il s'agit là d'un avis qui paraît bien isolé parmi les syndicalistes, qui présenteront d'autres revendications.
Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a ainsi proposé la création par l'Etat d'un "fonds d'investissement social" de cinq à dix milliards d'euros permettant aux personnes privées d'emploi par la crise de se former en échange d'un revenu, mais le patronat s'y oppose.
Yves Clarisse|l'express
On en saura plus après ce rendez-vous de table ronde ce Mercredi 18 fortement préparé